Municipales 2026 : à un an des présidentielles, un scrutin en forme de test grandeur nature
- ylanslimane
- il y a 4 jours
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Alors que les élections présidentielles de 2027 sont déjà dans toutes les têtes, un autre scrutin pourrait en dessiner les contours : les municipales, qui auront lieu en mars prochain. Entre unions de circonstance, trahisons et potentiels basculements symboliques, la campagne a un air de répétition générale avant l'élection reine.

Des enjeux propres mais un enjeu stratégique
S'il est difficile de ne pas faire de lien entre ces municipales et les présidentielles qui devraient se tenir dans un an, rappelons que celles-ci possèdent des enjeux propres, que les différentes formations politiques ont bien saisis.
D'abord, ce scrutin revêt une grande importance en vue des sénatoriales qui devraient avoir lieu en septembre et qui renouvelleront la moitié des sièges du Sénat. Les conseillers municipaux composent effectivement 95% des "grands électeurs" pouvant voter lors des élections sénatoriales, et seront donc très disputés afin de bousculer les équilibres dans un Sénat historiquement dominé par la droite.
De plus, les enjeux nationaux jouent généralement un rôle mineur dans ce type de scrutin local. D'ailleurs, la plupart des listes ne présentent aucune couleur politique, exception faite des plus grandes villes. Les préoccupations locales risquent donc de primer sur les enjeux nationaux, ce qui explique d'ailleurs que le vote diffère souvent entre les scrutins locaux et nationaux dans certaines villes.
Toutefois, ces élections municipales vont être l'occasion de tester la solidité de certaines alliances, de voir des tendances se dessiner partout en France, mais aussi d'y voir plus clair quant aux futurs candidats à la course à l'Élysée, qui se présentent pour certains dans leurs villes, et dont une défaite pourrait compromettre leurs ambitions. Analyse par camp politique.
La gauche a beaucoup à perdre, mais aussi à gagner
La gauche aborde ces élections municipales dans la difficile position de sortante dans bon nombre de villes, à commencer par les trois plus grandes du pays : Paris, Lyon et Marseille. Elle est d'ailleurs en difficulté dans ces trois villes.
À Lyon, la victoire semble même relever du miracle pour la majorité écologiste sortante, fragilisée par plusieurs polémiques en cours de mandat et sur son bilan en matière de sécurité, malgré une importante végétalisation de la ville. À Paris et à Marseille, le risque d'une bascule à droite, voire à l'extrême droite pour cette dernière, n'est pas non plus à exclure, et pourrait être un très mauvais signal à un an des présidentielles.
Pourtant, un recul dans les plus grandes villes pourrait être contrebalancé par des avancées dans les villes moyennes, où la gauche est beaucoup moins bien implantée. Elle nourrit par exemple des espoirs de conquête à Amiens, Angers, Caen, Lorient, Mulhouse, Nîmes, Orléans ou encore Saint-Étienne, des villes dans lesquelles la majorité des forces de gauche ont décidé d'unir leurs forces pour renverser la vapeur.
Un des grands enjeux à gauche va aussi être la conquête de villes périurbaines, situées entre les grandes villes et les zones rurales, où le RN s'implante de plus en plus, et qui seront donc stratégiques pour la présidentielle. En clair, ces élections vont surtout se jouer dans des villes plus petites, qui dessineront une tendance plus ou moins favorable pour la gauche.
La question de l'union reste aussi centrale. Si la plupart des forces de gauche sont en effet parvenues à des accords dans de nombreuses villes, LFI a fait le choix de systématiquement présenter un candidat, même dans des villes dans lesquelles elle faisait partie de la majorité sortante, comme à Lyon. Cela s'inscrit dans une stratégie d'autonomisation des insoumis, qui préparent également leur propre candidature pour l'Élysée.

Toutefois, cette division, si elle persiste au second tour, pourrait coûter un certain nombre de villes à la gauche. À Toulouse par exemple, la gauche n'est en mesure de l'emporter que si le candidat de la gauche unie, le socialiste François Briançon, et le député insoumis François Piquemal s'entendent pour fusionner leurs listes, ou a minima si l'un d'eux se retire pour faire gagner l'autre au second tour.
Les gauches vont-elles mettre leurs désaccords de côté pour gagner, ou vont-elles s'entêter à faire bande à part, quitte à perdre des villes cruciales ? La question reste encore entière pour l'instant.
Au centre et à droite, une droitisation revendiquée
Du côté du socle commun, l'heure est aussi aux alliances, alors que les relations entre les différentes composantes de l'alliance de la droite et du centre ne sont pas au beau fixe. Chez les macronistes, on a toutefois bien compris que le contexte ne jouait pas en leur faveur, si bien que ceux-ci ont renoncé à présenter un candidat dans huit des dix plus grandes villes du pays, préférant se ranger derrière un candidat de droite dans ces villes.
Dans le même temps, on voit se dessiner une course à l'électorat du RN, avec des candidats multipliant les appels du pied et les propositions chocs : à Marseille, Martine Vassal dit "partager un grand nombre de valeurs avec le RN", n'excluant carrément pas une alliance avec ce dernier au second tour, tandis qu'à Lyon, Jean-Michel Aulas a fini par admettre que le parti d'extrême droite peut être qualifié de "républicain". À Paris, c'est la candidate Reconquête! Sarah Knafo, femme d'Éric Zemmour, qui plaide pour une union avec la candidate de la droite Rachida Dati, par ailleurs ministre de la Culture.
Ces exemples confirment une tentative de siphonnage des voix du RN à droite, qui voudrait aussi profiter de la popularité du parti d'extrême droite, donné systématiquement en tête de la prochaine présidentielle sondages après sondages.
Pourtant, cette stratégie n'est pas au goût de tout le monde. Ainsi, l'ancienne ministre macroniste déléguée chargée des Personnes handicapées et candidate macroniste à Dijon Fadila Khatabi a décidé de jeter l'éponge suite au choix de ses partenaires de soutenir la liste Reconquête. Elle a par ailleurs dénoncé : "[une] banalisation gravissime de l’extrême droite et de ses idées nauséabondes".
Ces élections seront aussi l'occasion de faire le ménage parmi les candidats putatifs du socle commun à l'élection présidentielle et de se projeter dans l'après-Macron. Ainsi, Édouard Philippe, le premier des Premiers ministres du président, dont la candidature à la succession de ce dernier est déjà annoncée depuis 2023, remet en jeu son siège de maire du Havre. Une défaite pourrait hypothéquer ses chances de pouvoir se présenter en 2027, d'autant plus que sa reconduction à la tête de la sous-préfecture de Seine-Maritime n'est pas du tout assurée, car il va devoir faire face à une gauche non mélenchoniste unie et toujours puissante dans cet ancien bastion communiste.
Même chose pour François Bayrou à Pau, qui compte bien rempiler après 12 ans passés dans le fauteuil de maire, mais qui trouvera sur sa route le candidat socialiste de la gauche unie, Jérôme Marbot. De son côté, Gérald Darmanin, actuel ministre de la Justice, a misé sur la prudence et a renoncé à se présenter dans son fief de Tourcoing. En embuscade, Gabriel Attal se tient à bonne distance du scrutin, qu'il sait à risque pour son camp.
À l'extrême droite, un appétit limité et le retour des "brebis galeuses"
Malgré un contexte national favorable, le RN et ses alliés nourrissent des ambitions limitées, symptomatiques d'un manque cruel d'implantation locale, contrastant avec les gros scores obtenus aux dernières élections nationales. Malgré tout, ce scrutin pourrait voir un nouveau grignotage de l'extrême droite dans la France périurbaine et désindustrialisée qu'elle convoite tout particulièrement, mais aussi dans certains de ses bastions, comme sur le pourtour méditerranéen.
À Toulon par exemple, la députée Laure Lavalette, très proche de Marine Le Pen, compte profiter des divisions et des polémiques de la droite, qui contrôle la ville depuis un quart de siècle et qui se retrouve empêtrée dans les affaires de l'ancien maire Hubert Falco, condamné pour recel et détournement de fonds public et inéligible pour cette élection. La députée lepéniste compte ainsi faire oublier la gestion désastreuse de l'ancien maire frontiste Jean-Marie Le Chevallier, et qui avait éloigné le parti d'extrême droite de la mairie depuis.
Mais c'est surtout le nombre de conseillers municipaux décrochés qui sera scruté de près, alors que le parti est donné à plus de 10% dans bon nombre de communes, seuil minimal pour envoyer des élus au conseil municipal. Ainsi, le parti dirigé par Jordan Bardella entend faire grossir son contingent de sénateurs lors des prochaines sénatoriales, actuellement au nombre de trois, et souhaiterait en obtenir au moins dix afin de pouvoir constituer un groupe au Palais du Luxembourg.
Le camp nationaliste ne s'interdit pas non plus quelques grands éclats, à la faveur de la désunion de ses adversaires. C'est le cas à Marseille, où son candidat Franck Allisio est donné au coude-à-coude avec le maire sortant de gauche Benoît Payan. Un maintien de la liste LFI, emmenée par le député Sébastien Delogu au second tour, pourrait diviser l'électorat progressiste et permettre au RN d'arracher la deuxième ville de France, ce qui serait un signal d'alarme très inquiétant pour le reste du spectre politique à un an des présidentielles.
Il faut aussi noter que, comme lors des législatives de 2024, le parti a aligné tout un tas de "brebis galeuses", au profil racistes, sexistes, antisémites ou encore complotistes, et ce alors que le RN avait promis qu'il avait fait le tri.
Exemple le plus frappant : à Bastia, c'est un terroriste repenti qui a été investi par le parti, le président du groupe identitaire Palatinu Nicolas Battini, condamné à huit ans de prison pour une tentative d'attentat à la voiture-bélier contre la sous-préfecture de Corte en 2012.
À cela s'ajoute une pléthore d'exemples : à Leucate, dans l'Aude, la candidate Laure-Emmanuelle Philippe a par exemple partagé une photographie d'un camion de livraison de viande halal tagué de croix celtiques et de messages tels que «Vive le Porc», «Nik le Halal», ou encore «Nike les Arabes.», en ajoutant en commentaire : «Aime pas [sic] le principe du tag… par contre, j’aime le sens du message !!!».
Dans un autre registre, la députée Joëlle Mélin, candidate à Aubagne dans les Bouches-du-Rhône, n'a aucun problème à comparer les migrants avec des animaux, et déclarait dans une interview à La Provence en 2023 qu'elle "les préfère cent fois à Djibouti, où ils sont dans leur milieu naturel [sic]". Libération a ainsi recensé une cinquantaine de candidats investis ou proches du RN qui ont tenu ou soutenu des propos similaires.

Ces dérapages pourraient ainsi ternir la réputation que tente de se construire le parti d'extrême droite et l'éloigner encore une fois du pouvoir, comme lors des dernières élections législatives, alors qu'il était donné vainqueur par tous les sondages réalisés à ce moment.




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